La nutrition dans la MPR
April 17, 2023

Nutrition rénale avec Emily Campbell: MPR et liquides

Dès ce mois-ci, vous trouverez dans l’infolettre mensuelle de la diététicienne spécialisée dans la fonction rénale Emily Campbell du contenu nutritionnel adapté aux personnes touchées par la MPR, composé d’articles et de recettes.

Quelques mots sur Emily : titulaire d’une maîtrise en aliments et nutrition de l’Université Western, elle est diététiste autorisée et éducatrice agréée en diabète. Emily est spécialisée en nutrition pour la fonction rénale et aide les personnes atteintes de maladies rénales à comprendre les rouages de la nutrition afin de les aider à prendre soin de leur santé et à modifier leur alimentation. Elle vit à Toronto, en Ontario, et vous pouvez la retrouver sur son site kidneynutrition.ca.

Vous avez des questions pour Emily? Ne manquez pas l’occasion de les lui poser dans une prochaine infolettre.


Article sur la nutrition pour les personnes atteintes de maladies rénales : MPR et liquides

Que vous ayez tout juste reçu un diagnostic de maladie polykystique rénale (MPR) ou que vous viviez avec depuis un certain temps, vous avez probablement entendu dire que vous deviez boire davantage de liquides. C’est l’une des premières recommandations nutritionnelles pour la MPR, et probablement la plus difficile à suivre. Bien qu’il s’agisse d’un bon conseil en matière de nutrition pour les personnes atteintes de MPR, le décomposer en plusieurs points peut vous aider à y voir plus clair.

Dans cet article, nous aborderons les questions suivantes :

  • le rôle des liquides dans la MPR;
  • la quantité de liquides conseillée;
  • les types de liquides à privilégier;
  • des conseils et astuces pour s’assurer un apport de liquides suffisant quand on a la MPR.


MPR et liquides

Les reins jouent un rôle important dans le maintien de l’équilibre hydrique de l’organisme.  Mais, dans le cas de la MPR, la quantité de liquides consommée présente de nombreux autres avantages :

  • Les liquides réduisent la stimulation de la vasopressine, une hormone liée à la croissance des kystes de la MPR. Cette hormone augmente la croissance des kystes en dirigeant les liquides vers ces derniers, ce qui peut accélérer la progression de la MPR. La stimulation de la vasopressine peut également être diminuée à l’aide d’autres stratégies nutritionnelles portant sur le sodium et les protéines. D’ailleurs, de prochains articles arrivent bientôt sur ces sujets! Mais pour le moment, retenez le fait qu’un apport adéquat en liquides permet de réduire la stimulation de la vasopressine et donc la formation de kystes, d’où l’importance de boire suffisamment de liquide en cas de MPR.
  • L’absorption de liquide réduit également le risque de développer des calculs rénaux, une comorbidité fréquente de la MPR.
  • Elle permet également de prévenir la déshydratation, qui peut entraîner des lésions rénales aiguës et une réduction temporaire de la fonction rénale.

 
Quelle quantité de liquide faut-il boire?

Les liquides dont on parle ici désignent pratiquement toutes les boissons à température ambiante. Il peut s’agir d’eau, de café, de thé et de soupe, pour n’en citer que quelques-unes. Un apport adéquat et constant en liquides permet de réduire le taux de vasopressine, ce qui contribue à prévenir la formation de kystes dans le cadre de la MPR. Mais boire suffisamment peut constituer un vrai défi dans la vie de tous les jours.

Bien sûr, l’eau devrait représenter la majorité des liquides que nous consommons, mais certains autres liquides comptent aussi. Si les recommandations actuelles pour la MPR sont de 2 à 3 litres d’eau par jour pour commencer, il est important d’adopter une approche personnalisée, en consultant par exemple votre néphrologue ou votre diététiste spécialisé·e dans la fonction rénale. Selon les médicaments que vous prenez (si vous prenez du Tolvaptan, par exemple, vous pouvez avoir besoin d’un apport plus important en liquides), de votre activité physique, de l’environnement dans lequel vous vivez, de votre état de santé et de votre fonction rénale, vous pouvez avoir besoin de consommer plus ou moins de liquides par jour. Il est également important de consulter votre équipe soignante pour un suivi régulier de vos électrolytes dans le sang, car de grandes quantités de liquides peuvent entraîner une hyponatrémie, qui correspond à de faibles taux de sodium dans le sang. Ainsi, pour les liquides comme pour tout le reste, il est essentiel de trouver un équilibre entre l’excès et le manque.

À quoi correspondent 3 litres de liquide par jour?   Cela représente environ 12 tasses ou 96 onces par jour. Vous vous dites peut-être qu’il s’agit d’une quantité importante de liquide. Mais ce n’est pas si éloigné de ce que devraient consommer la plupart des Canadien·ne·s au quotidien. On vous a peut-être déjà dit que nous avions besoin de 6 à 8 verres (ou tasses) de liquide par jour, soit environ 1,5 à 2 litres quotidiens.  En réalité, les adultes canadien·ne·s devraient boire 2,7 litres par jour pour les femmes et 3,7 litres par jour pour les hommes. Il n’y a donc presque pas de différence avec les recommandations pour la MPR. 

Quels types de liquides faut-il privilégier?

La majeure partie de vos apports en liquides devrait être constituée d’eau, tout simplement. Visez les 2 à 3 litres par jour, pour commencer. Tout liquide supplémentaire fait office de bonus.

Vous vous demandez peut-être ce qu’il en est du café ou du thé en cas de MPR. Pour faire court, la réponse est : oui, vous pouvez en consommer, mais avec modération. Essayez de vous limiter à 2 tasses de thé et café par jour. Si vous avez des calculs rénaux, vous pouvez envisager de limiter votre consommation de thé, et particulièrement de thé noir comme le thé Orange Pekoe ou Earl Grey, à une seule tasse par jour, car ces thés peuvent être une source d’oxalates.

Et surtout, souvenez-vous que ce que vous mettez dans votre thé ou votre café compte tout autant. Par conséquent, essayez de limiter l’ajout de sucre, y compris de miel et de sirop d’érable et, si vous prenez de la crème, choisissez-en une dont la liste d’ingrédients ne contient pas d’additifs à base de phosphore.

Pour la santé en général, il est essentiel de limiter sa consommation de boissons sucrées, telles que les jus de fruits ou les liqueurs. Quant à la consommation d’alcool, la modération est de mise, car l’alcool peut altérer le jugement, augmenter la tension artérielle et entraîner une progression de la maladie rénale. Nous vous recommandons de consulter votre médecin avant de boire de l’alcool, car ce dernier peut interagir avec certains médicaments. Vous pouvez également vous renseigner sur les nouvelles directives canadiennes en matière de consommation d’alcool à faible risque en cliquant ici.

S’hydrater correctement en cas de MPR

Se contenter de boire de l’eau tous les jours peut devenir ennuyeux.  Mais ce n’est pas une fatalité. En effet, le citron peut aider à réduire le risque de formation de calculs rénaux en offrant une source de citrate, mais il peut aussi permettre d’aromatiser votre eau en cas de MPR. Il existe d’autres façons d’apporter de la saveur à votre eau sans y ajouter d’édulcorants : utilisez des fruits et des herbes, par exemple des fraises avec de la menthe ou du concombre, ou encore des agrumes, comme le citron et la lime, dont les goûts se marient très bien. Vous vous demandez peut-être si vous pouvez consommer de l’eau gazéifiée. La réponse est oui. Ça peut même être une très bonne idée de temps à autre. Veillez simplement à choisir une eau non sucrée.

Conseils et astuces pour s’assurer un apport de liquides suffisant quand on vit avec la MPR

Voici quelques conseils et astuces pour garder le cap :

  • Procurez-vous une gourde. Le fait d’avoir toujours à boire avec vous peut vous aider à rester sur la bonne voie. C’est aussi un excellent moyen de mesurer la quantité ingérée chaque jour.
  • Adoptez une routine. Buvez de l’eau dès le réveil, répartissez votre consommation tout au long de la journée, et essayez de consommer des liquides aux repas et après avoir été aux toilettes (et vous être lavé les mains).
  • Suivez votre consommation. Contrôlez votre consommation de liquides à l’aide d’applications telles que Cronometer ou MyFitnessPal. Vous pouvez également utiliser la technologie pour vous aider à ne pas oublier, par exemple en programmant une alerte sur votre téléphone ou en utilisant une bouteille d’eau « intelligente ».

L’objectif avec les liquides

Il est important de rester hydraté·e pour contribuer à réduire la formation de kystes dans le cadre de la MPR. Mais boire suffisamment peut s’avérer difficile. Suivez les quelques conseils et astuces présentés dans cet article pour choisir des liquides qui nourrissent votre organisme et vous aideront à gérer votre MPR. Cependant, il est toujours préférable de consulter votre équipe soignante pour déterminer la quantité de liquides qui vous convient.

Article rédigé par : Emily Campbell est diététiste autorisée et éducatrice agréée en diabète. Elle est titulaire d’une maîtrise en aliments et nutrition. Emily est spécialisée en nutrition pour la fonction rénale et aide les personnes atteintes de maladies rénales à comprendre les rouages de la nutrition afin de les aider à prendre soin de leur santé. Retrouvez-la sur kidneynutrition.ca.