Média et Nouvelles
June 27, 2023

Gérer son alimentation quand on a la MPR

Lorsqu’on est atteint·e d’une maladie rénale, le meilleur régime alimentaire possible est un régime personnalisé en fonction de vos objectifs de santé, de votre état nutritionnel, de vos autres problèmes de santé éventuels et des résultats de vos analyses de sang et d’urine. D’ailleurs, depuis peu, on se fonde également sur le type de maladie rénale, à savoir maladie polykystique rénale (MPR) ou maladie du rein chronique, pour personnaliser le régime alimentaire recommandé.  La plupart du temps, lorsque vous cherchez des informations relatives à la nutrition adaptée aux maladies rénales, les recommandations que vous trouvez sont liées à la maladie du rein chronique.  Le régime alimentaire joue un rôle important pour les personnes atteintes de MPR. Or, les informations associées au régime optimal pour les personnes souffrant de cette maladie n’ont commencé à émerger que récemment, sur Internet et ailleurs, à la suite de recherches et d’expériences vécues

Un régime adapté à la MPR peut contribuer à ralentir la croissance des kystes, ce qui, à son tour, contribue à ralentir le déclin de la fonction rénale. Ce type de régime peut également aider à gérer des problèmes de santé tels que l’hypertension artérielle, l’acidose métabolique, les maladies cardiaques et les calculs rénaux. À noter que le régime alimentaire adapté à la MPR diffère de celui adapté à la maladie du rein chronique. Nous allons donc présenter un certain nombre de recommandations alimentaires propres à la MPR.

Liquides

L’une des premières recommandations lorsqu’on est atteint·e de MPR est de boire plus d’eau. Idéalement, la quantité d’eau est adaptée à chaque individu et prend en compte des éléments tels que votre niveau d’activité ou vos autres problèmes de santé, le cas échéant. Cela dit, commencer par boire deux à trois litres par jour lorsqu’on est atteint·e de MPR contribue à réduire le taux de vasopressine, l’hormone responsable de la croissance des kystes, et à améliorer l’osmolarité urinaire. Cet élément est important, car une forte osmolarité urinaire provoque une libération de vasopressine, ce qui a ensuite des répercussions sur la croissance des kystes chez les personnes touchées par la MPR. N’hésitez pas à consulter cet article de blogue pour obtenir plus de trucs et astuces concernant la gestion de votre apport en liquides si vous vivez avec la MPR..

Lorsqu’on absorbe un tel volume de liquides, il est commun d’être inquiet·ète à l’idée de devoir aller uriner fréquemment. Essayez d’espacer dans le temps les liquides que vous buvez et de boire tout au long de la journée, ainsi que la nuit, lorsque vous vous réveillez pour faire pipi. À mesure que vous apporterez des changements à votre alimentation, par exemple en réduisant votre apport en sodium et en buvant une quantité suffisante de liquide, l’osmolarité de votre urine s’améliorera et vous devriez avoir envie d’aller à la salle de bain moins fréquemment. 

 

Sodium

Un apport élevé en sodium est associé à une plus forte osmolarité urinaire, ce qui peut entraîner une progression plus rapide de la MPR en accélérant la croissance des kystes. De plus, des études ont également montré qu’un apport élevé en sodium était associé à une diminution plus importante de la fonction rénale et à un risque accru d’hypertension artérielle. N’hésitez pas à consulter cet article de blogue que nous avons publié précédemment et qui porte sur l’hypertension artérielle et la MPR.

La meilleure façon de mesurer votre apport en sodium consiste à procéder à une collecte d’urine de 24 heures. En plus de vos analyses de sang, ce test peut être effectué par votre néphrologue ou votre équipe soignante pour vous aider à obtenir des recommandations nutritionnelles personnalisées. Dans le cadre de votre régime alimentaire, visez idéalement moins de 2 300 mg de sodium par jour. L’utilisation de technologies gratuites telles que Cronometer ou MyFitnessPal peut vous aider à faire un suivi de la quantité de sodium que vous consommez.

 

Protéines

Lorsqu’on parle d’alimentation adaptée à la MPR, on aborde souvent la question de la quantité et du type de protéines consommées, car il s’agit d’éléments à prendre en compte lorsqu’on apporte des changements à son alimentation. En effet, lorsqu’on a la MPR, consommer trop ou trop peu de protéines peut modifier l’osmolarité de votre urine. Encore une fois, effectuer un test d’urine de 24 heures ou collaborer avec un·e diététiste spécialisé·e dans la fonction rénale peut vous aider à déterminer la quantité de protéines que vous devriez consommer. En général, lorsqu’on a la MPR, il n’est pas nécessaire d’adopter un régime très pauvre en protéines; c’est d’ailleurs peut-être l’une des principales différences entre les régimes alimentaires adaptés à la MPR et à la maladie du rein chronique, un sujet sur lequel, à l’heure actuelle, nous continuons d’apprendre. 

En ce qui concerne le type de protéines à privilégier, les protéines végétales présentent de nombreux avantages pour la santé : elles permettent notamment de stabiliser la fonction rénale et gérer d’autres problèmes de santé tels que l’hypercholestérolémie et l’acidose métabolique. De plus, consommer trop de protéines animales peut conduire à développer la goutte et augmenter le risque de calculs rénaux. Lorsqu’on a la MPR, incorporer plus de protéines végétales dans son alimentation est une bonne idée pour rester en santé autant que faire se peut. Essayez de viser un repas sans viande par semaine ou par jour, puis d’augmenter peu à peu. 

Une autre chose à prendre en compte lorsqu’on consomme des protéines, c’est le moment auquel nous le faisons. Étant donné que nos reins ne peuvent filtrer qu’une quantité limitée de sang à la fois, pensez à répartir votre apport en protéines tout au long de la journée. Cela contribuera également à faire en sorte que vous soyez rassasié·e plus longtemps. 

 

Autres éléments à prendre en compte

Vous vous demandez peut-être si les régimes cétogènes sont bons pour vous. Bien que des recherches prometteuses aient récemment été publiées concernant l’adoption de régimes cétogènes lorsqu’on a la MPR, il n’y a actuellement aucun consensus sur la question. Un régime cétogène vous plonge dans un état de cétose nutritionnelle. Or, certaines préoccupations relatives à la sécurité et à la durabilité de cette pratique ont été soulevées. À l’inverse, un régime pauvre en glucides limite l’apport en glucides, mais privilégie des aliments riches en nutriments. Le type de glucides que vous choisissez et la quantité consommée sont toujours des éléments à prendre en compte lorsqu’on vit avec la MPR. Si vous choisissez d’inclure des glucides dans votre régime alimentaire, optez pour des céréales complètes comme le pain complet, le riz brun, l’orge et la farine d’avoine plutôt que pour des glucides raffinés. 

Les maladies cardiaques et la MPR sont étroitement liées. Il est donc important d’adopter un régime alimentaire qui vous aide à exercer un certain contrôle sur les deux. Cela peut consister, par exemple, à opter plus souvent pour des produits laitiers faibles en gras, des fruits à coque, des graines et des légumineuses (notamment des fèves). Si vous incluez des protéines animales dans votre alimentation, préférez les poissons gras comme le saumon, la truite ou le maquereau deux fois par semaine. Pensez aussi à privilégier des sources de graisses insaturées comme l’huile d’olive ou des huiles non tropicales lorsque vous cuisinez. Dans ce contexte, il est possible d’adopter des régimes alimentaires comme le régime méditerranéen ou le régime DASH (de l’anglais « Dietary Approaches to Stop Hypertension », qui signifie « approches nutritionnelles pour réduire l’hypertension ») pour favoriser une meilleure santé rénale et cardiaque. 

L’apport en potassium doit être adapté à chaque individu en fonction de ses analyses de sang. D’ailleurs, de nombreuses personnes atteintes de MPR n’ont pas besoin de limiter la quantité de potassium qu’elles consomment. De plus, le potassium que nous ingérons en consommant des légumes, des fruits, des céréales complètes et des protéines végétales contribue à abaisser notre pression artérielle.

Pour toute personne souffrant d’une maladie rénale, il convient d’éviter les aliments contenant du phosphore ajouté. À cet effet, il est important de lire les étiquettes nutritionnelles des aliments. Cela dit, si vous avez la MPR, vous pouvez inclure d’autres sources de phosphore dans votre régime alimentaire, sauf avis contraire de votre équipe soignante. 

Les oxalates, quant à eux, sont un composé présent dans de nombreux aliments, mais principalement ceux d’origine végétale. Une trop grande quantité d’oxalates dans l’urine peut entraîner des calculs rénaux d’oxalate de calcium. Lorsqu’on est atteint·e de MPR, il peut être utile de limiter certains de ces aliments (par exemple, les épinards, les betteraves, les oranges, les framboises et les amandes) pour contribuer à prévenir la formation de calculs rénaux. Si vous incluez des aliments contenant des oxalates dans votre alimentation, sachez que les associer à du calcium aide à diminuer leur absorption dans l’intestin, ce qui empêche la formation de calculs. Mais restez à l’affût de futurs articles de blogue sur ce sujet. 

Concrètement, quelles sont les mesures à adopter prochainement? 

Lorsque vous apportez des changements à votre alimentation pour accommoder votre MPR, commencez par suivre les conseils ci-dessous :

  • Essayez de faire en sorte que la moitié de votre assiette se compose de légumes (le cas échéant, choisissez des légumes à faible teneur en potassium ou en oxalates)
  • Privilégiez les protéines végétales (optez pour des protéines faibles en oxalate si besoin)
  • Si vous choisissez d’inclure des glucides à votre régime alimentaire, essayez de privilégier les céréales complètes
  • Limitez votre apport en sodium en lisant les étiquettes des aliments, en mangeant plus souvent chez vous et assaisonnant vos plats avec des herbes et des épices
  • Optez pour de l’eau plutôt que pour d’autres boissons

De plus, parler à votre néphrologue ou votre équipe de soins de santé de la possibilité de procéder à une collecte d’urine de 24 heures et collaborer avec un·e diététiste spécialisé·e en néphrologie peuvent vous aider à mettre sur pied un programme nutritionnel personnalisé en fonction de vos besoins.  

Si vous avez des questions relatives à la nutrition dans le cadre de la MPR, n’hésitez pas à répondre à ce courriel. Les réponses à vos questions seront partagées dans un article de blogue spécial à venir. Si vous avez besoin d’une assistance médicale, consultez cette page pour accéder à la liste des praticien·ne·s proches de chez vous. 

 

Article rédigé par : Emily Campbell, diététiste autorisée et éducatrice agréée en diabète, titulaire d’une maîtrise en aliments et nutrition. Emily est spécialisée en nutrition pour la fonction rénale et aide les personnes atteintes de maladies rénales à comprendre les rouages de la nutrition afin de les aider à prendre soin de leur santé. Retrouvez-la sur kidneynutrition.ca.